Parfois présentée comme une reine, la prêtresse Aline Sitoé Diatta (1920-1944) est une héroïne de la résistance casamançaise. On la surnomme parfois la « Jeanne d'Arc d'Afrique ». Née en 1920, à Nialou, un quartier de Cabrousse, Aline Sitoé Diatta se rend d’abord à Ziguinchor pour travailler comme docker et non comme bonne. À l’instar des filles de la région, elle migre sur Dakar durant la saison sèche. C’est à Dakar, comme une prophétesse, qu’elle reçoit la mission quasi divine de libérer son peuple. Aline refuse de s’y investir dans un premier temps. Son refus obstiné lui vaut un évanouissement au marché Sandaga. Et, selon l’hagiographie diola, c’est un vautour blanc qui lui ordonne d’obéir et de rentrer pour secourir une population martyrisée par l’administration coloniale. Une fois dans son Kassa natal c'est-à-dire en Casamance, cette femme meneuse d’hommes entraîne toute la basse Casamance dans la désobéissance civile face à l’oppression française. Elle est à l'origine de véritables mouvements de révolte en Casamance en disant notamment aux paysans casamançais d'arrêter les cultures commerciales dictées par les colons au profit des cultures vivrières. Considérée comme potentiellement dangereuse elle est alors jugée par l'administration coloniale et déportée à Tombouctou au Mali où elle meurt en 1944 à l'âge de 24 ans.
L’histoire de aline Sitoé Diatta prendrait presque l’allure d’un conte, tellement l’insoumise Dde l’ethnie des Diola aura fait parler d’elle. C’est dans le quartier de Mossor, que naissait donc la fille de Silosia Diatta et d'Assonelo Diatta. Ce n’est qu’après le déces de son père qu’elle est receuillie par son oncle Elaballin Diatta.
Vers 1941 qu'Aline reçoit ses premières révélations. Une "voix" lui demande de retourner dans son village pour porter secours à son pays et le délivrer des colons. La voix précise que si elle manque à ce devoir, il lui arrivera malheur. Aline n'obéit pas, et quatre jours plus tard, elle se retrouve paralysée au réveil. Elle demande finalement à ce qu'on la ramène à Casamance, et dès son arrivée, la paralysie la quitte. Toutefois, et selon certains dires, Aline conservera des séquelles de ce mal et boitera tout le restant de sa vie.
Petit à petit et sans se forcer, Aline se sent comme poussée d'intervenir face aux agissements injustes des colons à l'égard de la population sénégalaise. Elle encourage son peuple à désobéir aux colons, incite ce dernier à ne pas payer l'impôt, à cultiver du riz plutôt que des arachides, contrairement à ce que veulent les Français, et à ne pas rejoindre l'armée française.
Aline pousse son peuple à adopter une démarche de résistance en refusant la culture du colonisateur en retournant aux sources de la culture sénégalaise; elle explique en outre que sa démarche et son message ne sont pas uniquement personnels mais d'ordre divin également.
Selon Aline, le retour aux sources doit se manifester notamment par le rétablissement de l'ancienne "semaine diola" qui consiste à travailler 5 jours et à se reposer le 6ème jour, et par la mise en place de nouvelles cérémonies de sacrifices et de prières, c'est à dire d'une toute nouvelle forme de religion se voulant traditionnelle.
Aline Sitoé et ses miracles
Face à une sécheresse qui s'abat sur la région, la population qui ne prête attention aux déclarations d'Aline qu'à moitié, décide de la consulter car il est temps de démontrer la véracité de ce qu'elle proclame. Si ses révélations viennent vraiment de Dieu, elle devrait pouvoir agir contre cette calamité. Aline propose des incantations pour inviter la pluie à tomber ainsi que des sacrifices de bœufs noirs. Suites à ces cérémonies, et au grand étonnement de la population, la pluie se met à tomber et arrose ainsi les rizières desséchées.
Il n' y a plus aucun doute, Aline Sitoé Diatta est une vraie servante de Dieu. Les miracles ne s'arrêtent pas là: Aline impose les mains aux malades et les guérit. Lorsqu'elle visite les malades alités et leur serre la main, à peine tourne-t-elle le dos que les malades se remettent sur pied.
Son nom ne tarde pas à se répandre dans toute la région et des délégations entières viennent de loin pour la rencontrer. Quelques soient leur religion ou groupe ethnique, les foules pour qui Aline prêche le retour aux sources sont radicalement touchées et se tournent effectivement vers les traditions qu'Aline prône.
La reine de Casamance et les colons
L'ancien Roi de Casamance étant décédé, c'est en elle que le peuple voit un successeur. Il a besoin d'une personne dotée de pouvoir surnaturelle, une personne en connexion directe et constante avec Dieu. Aline ne se fait pas prier, elle accepte de prendre la relève du roi défunt et devient Reine de Casamance.
C'est en pèlerinage qu'on vient voir la Reine Aline Sitoé, on lui demande conseils et assistance face aux colons de plus en plus imposants. Ces derniers sentent le danger venir de loin et se mettent à sa recherche. L'administration cherche à l'emprisonner pour cause d'incitation à la rébellion et à l''insoumission face à l'ordre établi.
Le jour où les soldats français arrivent en embuscade pour embarquer Aline, elle est en pleine période menstruelle. Or chez les diola, il s'agit d'une période d'impureté et la femme concernée doit quitter sa chambre pour se coucher à un autre endroit réservé à la circonstance. Aline n'est donc pas là. Les soldats qui pensent qu'elle se cache, se mettent à tirer partout et parviennent entre autre à toucher une jeune femme qu'ils prennent pour Aline Sitoé. Selon les sources, il s'agirait de sa co-épouse.
Les nouvelles du carnage arrivent aux oreilles de la Reine qui décide de se rendre elle-même auprès des colons afin d'éviter que d'autres innocents se fassent tuer à cause d'elle. Aline Sitoé Diatta se fait arrêter le 8 mai 1943. Son mari est aussi arrêté, mais il retrouvera la liberté des années plus tard.
Elle sera balancée d'une prison à une autre, entre le Sénégal, la Gambie et le Mali. C'est à Tombouctou qu'elle rendra l'âme en 1944, morte des suites de privation et de torture. La Reine serait tombée gravement malade et on aurait simplement refusé de la soigner pour la voir partir plus vite.
La postérité
Son nom a été donné à un quartier de Dakar situé à proximité de l'Université Cheikh Anta Diop (la Cité Aline Sitoé Diatta), à un stade de Ziguinchor (le stade Aline Sitoé Diatta), ainsi qu'à diverses écoles et organisations.
Une exposition lui a été consacrée en 2007. Le Aline Sitoé Diatta est le bateau qui assure depuis 2008, la liaison Dakar-Ziguinchor, en remplacement du Wilis, lui-même successeur du Joola, de tragique mémoire.
Sources :
Wikipédias + Reines et Heroines d’Afrique

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